Lettre ouverte à la communauté éducative

Lettre ouverte à la communauté éducative


Jean-Paul Denanot, président de région, s’adresse aux élèves, familles, enseignants, personnels éducatifs et agents des lycées en réaction à la carte scolaire 2012.

278 suppressions de postes prévues en 2012, c’est l’équivalent de la fermeture de 3 PME.
Depuis 2007, 1 poste d’enseignant sur 5 a disparu dans l’enseignement professionnel.

Élèves, familles, enseignants, personnels éducatifs, agents des lycées,

L’heure est grave. Les propositions de carte scolaire pour la prochaine rentrée m’inquiètent au plus haut point. L’avenir de nos enfants et la cohésion de nos territoires sont en danger au prétexte d’une vision réductrice et comptable de l’éducation et je souhaite tirer la sonnette d’alarme.

Le projet de carte scolaire 2012 ou l’art de « tailler dans l’os » après des années de cure d’amaigrissement…

Ce projet de carte scolaire, élaboré dans l’opacité la plus totale, fait fi des engagements pris par l’autorité académique il y a moins de six mois. Sous couvert de rationaliser l’offre de formation, le rectorat applique de façon radicale la commande gouvernementale de supprimer massivement des postes, ce qui équivaut cette année à faire disparaître 278 postes d’enseignants et 12 postes administratifs. Au total, depuis 2007, près de 1 000 postes auront été rayés de la carte du Limousin.

Nous ne sommes pas dupes ! Notre Région, qui devrait bénéficier d’un traitement particulier en raison de son caractère rural, est deux fois plus touchée que la moyenne nationale. Cet acharnement sur le Limousin n’est sans doute pas innocent.
Alors que, selon l’Insee, la Région comptera de plus en plus d’élèves dans les prochaines années, le système éducatif Limousin est à nouveau menacé de payer un lourd tribut au dogme du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Une région rurale comme la nôtre ne peut en aucun cas se reconnaître dans les statistiques nationales qu’on voudrait nous opposer.

Une dégradation inadmissible du service public de l’éducation

Les répercussions dramatiques de cette politique strictement comptable de l’éducation sont multiples :

  • Là où la Région (le budget 2012) et les collectivités investissent, l’État n’hésite pas à supprimer des postes, voire à envisager de fermer des établissements entièrement rénovés. C’est un gâchis d’argent public inadmissible.
  • Les membres de la communauté éducative travaillent dans des conditions de plus en plus difficiles et la diminution du nombre d’adultes dans les établissements engage la sécurité de chacun.
  • Les jeunes vont quant à eux subir cette pression exercée sur les enseignants en évoluant dans des classes surchargées, mais aussi en voyant leurs choix d’orientation se restreindre. Cet effritement de l’offre éducative hypothèque les chances de nos jeunes.
  • Des qualifications dont notre économie a besoin feront rapidement défaut.

La Région Limousin se mobilise contre la fracture scolaire

La Région Limousin, loin de se résigner, a choisi de se battre pour défendre son système éducatif et ne pas laisser la fracture scolaire s’installer. Les élus communaux, départementaux, régionaux du territoire sont partout mobilisés aux côtés de nos jeunes et de ceux qui les accompagnent dans leur devenir.
J’ai écrit à Luc Châtel, Ministre de l’Éducation Nationale, pour réclamer un moratoire sur les suppressions de postes. Ayant été mis devant le fait accompli, j’ai fait le choix de ne pas participer aux instances qui d’ordinaire valident les propositions de carte scolaire.

Un premier pas vers l’apaisement a été accompli par le Recteur avec l’annonce de la non fermeture du Mas Jambost et de l’Erea de Meymac. Pour autant, il ne faut pas perdre de vue l’essentiel : les moyens humains qui seuls permettront de maintenir un enseignement de qualité au plus près des besoins de la population.

Si l’autorité académique restait sur cette position dure, je n’hésiterai pas à saisir le tribunal administratif pour non respect des engagements signés dans le cadre du contrat de plan régional de développement des formations professionnelles (CPRDFP) et pour demander réparation du préjudice financier subi par la Région qui a lourdement investi dans la rénovation des bâtiments et l’acquisition de matériel pédagogique performant dans des sections menacées de fermeture.

L’éducation est le premier investissement d’avenir

Jean-Paul Denanot,
Président de la Région Limousin



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